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Chansons

ROUGE REPAS SUR NAPPES BLANCHES (1996-1999)

 

Rouge repas

 

Rouge repas sur nappes blanches

Le Titan d’amour enragé

Fauve repas sur blanches hanches

Et dans les vins un naufragé

Sombre repas

 

Au bout de la table, la bête

La voix ruminant sur la planche

Et les feux qui montent à la tête

Par les vins que la haine tranche

 

Que les cieux boivent mes sacrifices!

Que les musiques et le vin pissent!

Voici ma voix tombée des cieux!

Femmes de joie, ogres joyeux!

 

Des cris de joie, vitres cassant

Coupes levées, buvez les sangs

Que nous avons chipé aux Dieux

 

Les haines et les amours en tranches

Le géant mange son souper

Bave l’écume, ah baves blanches,

croque tes vivantes poupées!

 

Coule le vin, coule la femme

Roucoule l’homme qui rend l’âme

Coule le cœur en sa tranchée

Le cœur à la gorge tranchée

 

Les vignes lui montent aux cuisses

Et le vin coule et le sang pisse

 

Voici les festins du dégoût

S’exclament les amants pudiques,

Nous ne nous abreuvons pas d’égouts

Ni de vos vieilles baves chiques

 

Mes amoureuses, me voilà

Voici la voix que je tiens à la gorge

Voleurs O les mains lendemains

Taxi

Mon soupir boite et se dégorge

Mon cœur à quatre pattes feint de mourir

A genoux sur les morts.

 

                     *

Lit de Noces

 

Mélancolie colis de noces

coups d’états fauves et chairs atroces

l’amour se cache dans les bécosses

alléluia je suis précoce

 

Baisers goinfres repas du jour

Au bungalow tombent vautours

comme des mouches dans un lit

Rouges cadavres et peau pâlie

 

Champagne pour les invités

Cet hôte est si bien fréquenté

À moi, on me baigne de becs!

Piquez-moi dans un bain à sec!

 

Les fourmis montent ma monture

Piquent mes genoux de maux

Les oiseaux se posent aux clôtures

Dans la cour de mes derniers mots

 

Mélancolivrez-moi

aux grands pigeons d’Espagne

qui nichent aux cathédrales

qui surmontent les bagnes

et survolent les toits

 

Laissez-moi aux cigales

ou aux coléoptères

aux tigres de Bengale

ou aux noires panthères

 

Aie-je en main ce colis

au nom du vaste monde

c’est -ignare folie-

tout mon amour immonde.

 

                     *

 

Un baiser de Corinthe

             

Un baiser de Corinthe

Que la vie est lépreuse!

Tes salives absinthes

Et puis la mort affreuse!

 

Le plaisir aux aguets

Et le cœur aux abois

C’est moi le malheureux

Le con béni des dieux

-le fou buvant aux sources

ou ont chié les rois

 

Devant toi sur la table

sur un plat

repose devant toi

le monde

l’océan titanique déposé

dans ton sein

sur un plat

-l’oasis de colère

frêle mets délicat

dévoré sur tes hanches

et sur tes petits seins

 

Les pas de l’assassin

Dans l’assiette succulente

Langue limace lente

Les vins rouges couleuvres

sentiers trouvent fentes

vers les déserts immenses

les hordes de chameaux

qui s’empiffrent de maux

et les bijoux sacrés

pendentifs exécrés

qu’aiment les Musulmans

 

Aux tempêtes de sable,

tu portes

l’œil crevé du cyclope

qui se ferme en silence

et le mépris, la lance

qui te regarde encore

derrière la porte

 

Non,

l’Ogre a trop aimé,

trop bavé

reviens, nappe marée basse

draps où je t’aimerai

aux plages sabliers

tout tachés

des sangs blancs

rives où s’étalent les poissons morts

et  puis les coquillages

            -et puis les coquillages.

 

                     *

La femme symphonique 

           

                      I.

 

Du haut,

la mer t’a laissée sur les sables mouvants

d’un grand front

rive où les vents échouent

en horizons de rides que marque la mémoire

et que la fraîche rebroussante

chevelure des vagues

couvre d’algues brunes qui se lèvent aux vents

et que la marée morte déjà rapporte

dans l’alcôve où les eaux sombres

ont sommeil.

 

 

                      II.

 

tes joues se réveillent après la pluie

porteuses de sensations arbres de fruits

railleuses, elles se moquent

de ce qui jaillit dans les lèvres

et dents d’écumes et coquillages

les pirates ont oublié des plus

jolis trésors

cachés masqués par les simples terreurs de vos visages

et les pleurs portés habits de morts

des tortures et des vols atroces.

 

 

                      III.

 

ton cou trace gentiment les chemins aux vampires

hôte au sang blanc mare qui descend

à boire les poitrines

delta blanc côtes à tomber au large

aux proues de vagues de chairs et de laits

rocs où se cassent les doigts tremblants

sirènes déboutonnées par des marins ignares

tétines étoiles que les marins suivent

et boivent des yeux dans les déserts de mémoire

maudite mort sauvés nous sommes

astres des corps célestes

que les savants astronomes cherchent encore

seins des amantes lointaines de nos regards

dans les toiles de l’espace

sablier qui nous fuit.

 

 

                      IV.

 

Toi tu sais ce que j’aime :

la proie de ton visage et tes yeux qui fuient qui galopent

aux sables de ton front où coulent tes sourcils

couleuvres qui descendent et se cachent aux terriers

papillons cils des déserts rouges

où s’abreuvent les conquêtes

et se tuent les amants

pour voir un peu plus clair

dans les brouillards opaques gardiens des ponts bleus

tremplin des suicidés

voyage des heureux.

 

Ton nombril où se ramassent les rosées

que je veux boire

auprès des longs sommeils  qu’apportent les matins

les mystères les mondes en lourdes épopées

où se retrouveront

les parfums graves des vieilles tragédies

les sèves eaux sucrées

les sangs

des rois héros vaincus vainqueurs aimés

des dieux

des luttes magistrales et symphoniques

des fables des Hercule

des Samson cyclopes et minotaures

des sacrifices et des crucifixions

et l’essence vivante

de l’humanité bue en une seule gorgée

oasis sur les grands déserts de ta peau où je bave

à en mourir ici.

 

 

                       V.

 

Tes cuisses que longent les falaises longues et fatales

où les grands vautours ont niché

pondant leurs œufs dans de grands nids

partant revenant avec de serpentes envies

voici l’antre cathédrale gothique

que les seins gargouilles guettent

et que les yeux cloches attirent

voilà sacrée comme vous dites

femme bénite qui fait couler les vins blancs

sangs du christ.

 

                      VI.

 

Ton dos où passent les soirs caravanes

laissant dans le sable les traces de leurs roues

dunes fouettées par les griffes du tigre

territoire où pisse

la sueur qui perle jusqu’aux fesses

et que couvent jalousement les fauves

qui chassent ici la nuit

-voilà l’ombre

qui suit la femme

tel un dernier soupir

à l’aube rouge que les chiens

suivent sentent

comme un sexe.

                     *      

 

Les nuits miraculeuses 

 

Pauvre nuit dépotoir où s’étoilent les débauches

auberge où se boivent les boissons d’adieux

hôtel sacré où les espoirs se touchent

aux grands champs asséchés d’un grand lit pluvieux

où se frôlent les putes pour s’aiguiser la bouche

 

Nuit! Valse avec tes peines délicieuses

et tisse les splendeurs dans ta crinière rousse

aux spectres éjaculés des palais que tu frôles

où naquit le plaisir parmi les fausses couches

et le rêve en alcôve que les sensations fauchent

 

Au firmament bordel que tu pleures toujours

somnambule amante des grands sommeils profonds

adieu Nuit obscène aux chants crottés d’amours

et aux grasses haleines de plaisirs de Typhons

 

Tes femmes de plaisirs qui sentent le houblon

expirant les empires d’extases des cieux

achèvent cette nuit dans des lits d’adieux

et elles périssent blanches avec des longs cris longs

 

Voici Mâle la nuit que croisent les Tridents

cathédrale vagin puits des miracles bénis

sangs!

Vulve nuit carrousel grand festin et fruits

blancs!

léchés par les farouches lèvres et croqués par les

dents!

pêche en haute mer

noyade au firmament

pauvre pêche

de poissons multipliés

aux bouches alléchantes

érection

lente torturée pénitente

Christ monté mort sous les linceuls

crevant son dernier râle

en propulsant le poison chaud

comme un geyser.

 

                     *

 

 

Milles vies

 

Mille vies déjà que je dors ah sans toi

Ne te reconnaissant que de songes incertains

En nuits blanches de lunes que je mords en putois

Et me traîne à ta peau l’hameçon des tétins.

 

En ma panse déserte, ton mirage chatoie

comme de l’eau, et ta peau est une orgie à boire

De tes seins de Vénus à tes yeux de putain

Tu te veux à la fois l’hostie et le ciboire.

 

De ton absence folle, je bois et festoie

Car ceci est ton corps sur ma table intérieure

Qui me couvre de rires au silence railleur

Et je jouis et je meurs en mille patois.

 

    

                     ***

FABLES (1997)

Les pigeons de Paris

 

Les pigeons de Paris, maigres et plein de débauches

Éclateront vivants et nus dans ta poitrine

Et même si j’ai froid, si j’ai nuit au sein gauche,

Mon front sera plus droit que la muraille de Chine!

Et si mes grands dragons viennent sur toi pleurer

Ou éclater d’éclairs en grandes symphonies

Saches belle, naïve, cruelle l’ignorer

Surtout saches que lionnes sont mes agonies!

 

Je la ferai perler à mon doigt, la gentille!

Je la ferai râler entre mes tristes bras!

Mon cœur accaparé de ces idiotes filles

comme on jette des huîtres, n’en voudra pas!

 

Quelle ébauche, ce cœur! Ah! bonheur plein de rides!

Je saurai t’attraper au cou mon grand gibier!

Et je jetterai aux loups mes tristes fleurs stupides

Mes chansons pour les oies et le reste au gravier.

 

Car en mon cœur, il y a des tigres de granit

Ravageant les basiliques et les puits

Des prophètes crevant et folles décrépites

Promettant tous leurs pleurs aux grands rires des nuits.

 

Sur moi elles chanteront ces putes de cent ans

Et ce bon vieux délire qui passe en pouffant

En me tendant les doigts et me cassant les dents

Non je ne suis pas triste, je suis fier et grand!

 

Et quand viendront à moi les rois violant la Loire

Et ceux des rives mortes aux palais parricides

J’enverrai le boiteux aux yeux d’olives noires

Leur dire que la nuit me tient lieu pour guide

 

-leur dire que la vie me tient lieur pour guide.

 

                      *

Chants des jardins du Luxembourg

 

Que de soleils de soifs!

Que rives asséchées!

Il faut qu’on se décoiffe

De nos lèvres séchées

 

Et de la main fatale

Ah, tant ivre de cimes

Je te couvre, brutal,

D’un nécessaire crime!

 

Je me jette à la mer

Comme se rue le troupeau.

Aux grands flots de la chair

Je plante mon drapeau!

 

Et je cours aux sentiers

Où mène ta voix râlante,

Aux chemins effacés

De tes haleines lentes!

Ah, que coule le temps d’érotiques amours!

Au sexe du printemps

Jardins du Luxembourg

 

Fraîchement dévoré

Comme une île de Crête

Polyphèmes égarés

Buvez, mes grandes bêtes!

 

Que se baigne l’amour

Dans un grand lit de feu

Au grand cri des vautours,

Des sangliers, des Dieux!

 

Que les amants renaissent

Des fables desséchées!

Pour que réapparaissent

Délices et péchés!

 

Et que le vin jaillisse

Au grand goût des cerises

Que rouge plaisir pisse

d’Arches et tours de Pise!

 

Que les baisers se glissent

comme roses bouées

Aux chairs en sacrifice

Qu’ils soient distribués!

 

Baisez, je vous en prie

De rosiers et de vignes!

Emplissez mon esprit

De baisers nobles et dignes!

 

Aux délires des nuits

Bus, nus en une coupe!

Ah, buvez mon ennui!

Mon ivresse en chaloupe!

 

Percez de votre haleine

Le violent cœur des nuits

Que chante la baleine

Et débordent les puits!

 

Baisez, adorez-vous

Jusqu’à la fin du monde

Aimez-vous, loups garous

Mes fragiles colombes! 

 

Râles et roucoulements

Brûlants aux lits d’adieux

Laissez écoulements

Parfumer les cieux!

 

Par les magies des nuits

Par les grands cœurs farouches

Faites couler le fruit

Jusqu’au creux de la bouche!

 

Allez nus dans les bois

Déposés au ruisseau

Dans la paille des rois

Chanter mes beaux oiseaux!

 

Jusque dans les marais

Dans la mort s’il le faut

Tout au creux des palais

Aux chambres d’échafauds

 

Ah, je veux vous entendre

Je n’ai que quelques vœux!

Vous allez bien comprendre :

Faites ce que je veux!

 

Voici l’âme promise

L’hostie tant savourée

La vie ah tant éprise

L’orgasme déployé

 

Et la joie souveraine

Lentement dénudée;

Vite, va jouir pleine

D’extases de Judée.

 

                     *

 

Le chant de l’Ogre

 

J’étais fou le soleil était rouge et mes yeux

Dévoraient les nuages et buvaient les cieux

Et mon corps étendu sur la terre entière

réclamait son dû : Ho! Qu’on m’en donne le tiers!

 

Moi descendant d’illustres et très nobles crétins

Fils du monde, Grand singe, l’esprit diablotin

Dansant sa solitude en des fleuves de danses

Aux lits où je baisai les putes décadences.

 

Je gueulais : j’ai si soif! J’ai si soif! Donnez-moi

Des perles des amours des grands fruits de l’émoi!

Donnez-moi de la vie le grand sein qui crépite

ou des palais vaincus, les tragiques pépites!

 

Des châteaux, des aimées…. ah, venez à ma bouche

reprendre sécheresses à mon grand sein farouche

 

Et ainsi enflammé par un souffle d’ailleurs

et mon souffle affamé comme mille haut-parleurs

Se levait

tel se lève le grand soleil à l’est

Tel s’embrase la faim, se propage la peste.

 

Je gueulais : j’ai si soif! Que je fus dégoûtant

De m’être rassasié de ces tristes étangs

Lorsque mille marées de mille océans

Se disputaient les pieds de mon cœur de géant!

 

Dites-moi comment trouver le plaisir grand et louche

En ce triste bordel, comment trouver sa bouche

Et l’ogre criait vaincu, tragique et plein de sangs

et ne lui répondait

-que le grand vent passant.

 

                     *

 

Fable

 

S’il fallait que les songes te mitraillent

comme des chants d’oiseaux

 

Si tu savais -dans tes tiroirs- toutes ces orgies

tous ces massacres en pays chauds

 

Tous ces fauves secrets qui séduisent les femmes

en leur aiguisant l’œil en leur longeant la cuisse

en leur accrochant l’âme

 

S’il fallait que te conquièrent les cœurs armés de morts

            des suicidés des impérieux, des misérables,

      Les discours bien-aimés des prêtres et des malades

      Les chauffeurs de tendresse qui fument l’ignorance

 

S’il fallait que t’emportent les peurs et les détresses dans leur vaine parade

Les pleurs dans leur armée

Les morts dans leur étable

 

Si la mort te chipait les orteils en passant

       -ou le bout de la poitrine!

Si le vent te fouettait cruellement la langue!

Si tu ne te trouvais plus en haut des palissades

      lorsque je passerais

Si je ne savais plus où

–dans quel pays dans quel château dans quelle chambre te trouver

       car je n’entendrais plus ta triste voix chanter

 

Si te violaient sans cesses les chameaux de leurs cornes

les putains de leurs doigts

les amours de leurs bornes

Si d’horribles espadons te reniflaient l’oreille sans merci

Et si les papillons te perçaient

de leurs regards de chats mourants

       et te tuaient avant le lever de l’aurore

Si les poissons, les gribouillis, ne chantaient plus dans tes phalanges

 

Si tu tombais de pierre du haut de mes palais

Si les cruelles lumières des constellations t’empalaient de rayons

pour te prendre avec elles

Si venaient ces charlatans pour te voler un sourire

ces brigands pour te prendre un trésor de regard

afin de les revendre à des ports corrompus

ou des sceptiques qui ne croyaient pas en toi

te partageraient en repas

S’ils venaient pour puiser ta salive et puis pour récolter

tes vignes amygdales

pour boire ton vin

et puis s’ils dévoraient tes joues

tes seins rouges

S’ils apprêtaient tout ton corps pour leur festin

Si tu te donnais toi-même aux ogres

-tes lèvres et ta langue, si tu te laissais rôtir,

les rêves ruminant en mon sein

ou si tu ne les laissais plus engraisser dans ma grange crânienne

Si tu n’étais plus si pure et sans faute

Si mon cœur dans ta main, tu me laissais mourir,

vif et avec toi

cuire perdu noyé mort ou crucifié

Si tu rendais mon sang à sa source

laissant ma solitude déliée de la tienne

et ma tête libre tomber dans un panier

Si tu ne trouvais plus les nids pleins d’œufs

colorés

sous les clochers étranges de mon cerveau

Si tu ne venais plus me trouver

nue, le soir en mes caveaux

Si tu ne laissais plus les colombes et mésanges

roucouler ton plaisir

les hirondelles aller et venir librement

en ton sein

si tu ne baisais plus la fourrure de mes griffes

Te rongeais plus la peau

N’embrassais plus mes crapauds

Si tu ne mourais plus le soir de violents caprices

Ne te rassasiant plus du bon vin de mes veaux

Si tu t’offrais en nourriture pour les éperviers

Si tu laissais mon cœur faner sur le gravier

Si ne te tordait plus la soif d’âme aux grands déserts du ciel

Si tes yeux ne s’y envolaient plus papillons

Si tu laissais ma voix mourir dans un vallon

Ma passion dans l’eau, mon corps dans un wagon

alors pour la vie, pour la  mort,

la douleur, pour de bon

-De mes larmes vieilles et chagrins nouveau-nés

je me ferais de pierre une nouvelle aimée.

 

                     *

 

Monologues de l’homme au front

 

Ils vous diront que j’aurions

beaucoup plus de front

que de tête

ils vous diront aussi peut-être

les bajoues toutes pleines d’émoi

qu’ils se foutent bien de moi

moi crocodile quand je pleure

et vieux rat dans je souris

Mais vous verrez le gruyère dans leurs yeux

leurs colliers de cicatrices au cou

leurs petites griffes aiguisées

et vous saurez bien qu’eux aussi

parce que les rats se bouffent entre eux

 

et enfin

ils vous diront la tête haute, antique de tour de Babel, toujours

en construction, plein de nids de faucons et de songes voraces

d’autres décorations et ribambelles

 

ils vous diront

avec une voix de tapis rouge étalée en cérémonie vers les

grandes parades mascarades et manies, pleine d’orchestres et symphonies

 

ils vous diront

avec les gestes gigantesques

des avions traînant des mots d’amours et puis

avec un soir d’été grotesquement flambant

avec toutes les exclamations et tous les

postillons

feux d’artifices commandés de Hong Kong et puis de

Singapour

 

ils vous diront

avec l’oeil avide du gendarme et la bouche du Niagara

la dent affamée du tigre de Bengale et la soif du Sahara

 

ils vous diront avec des gros mots de baron,

une couronne de lauriers et la petite larme posée pour l’occasion

et autres dispendieuses petites compassions

et après tout cela, ils vous diront

que je suis

et rien de plus

sinon aussi que je parais

et puis peut-être que je vis

et que je sais je ne sais pas

 

et puis ils vous diront le temps venu

comme la pieta devant le christ en croix

«à la vôtre!»

 

Et puis ils vous feront signer des papiers

des papyrus et des bouteilles à consigner

et puis pour le sort et la fortune

brasser passer casser

classer jeter les dés

les fautes les folies les péchés

 

et puis

ils vous prendront par la main

celle avec des trous dedans

et puis dans vos yeux ils se noieront comme Narcisse dans l’eau

et dans un petit coffre entrouvert

ils trouveront les maux du monde

dont ils se pareront comme des bijoux

 

et puis ils inventeront les mots pour le dire

ils vous diront que j’invente que je raisonne faux

comme d’une caverne ils vous diront que je mens

mais moi

moi, je vous dirai

qu’ils ont bien raison

car je viens d’une grotte où j’ai fait des dessins

où j’ai perdu la tête. mais l’ombre m’a jeté ici d’un geste

serein, ici où la lumière trop réelle du soleil m’a brûlé les

yeux

 

où le monde, sur sa langue, m’a fait fondre lentement de plaisir

et je suis arrivé ici-bas, au fond

là où le bonheur et la mort sont tressés

dans la forte chevelure du peuple

à peine sortie de prison

déchiffrée de ses propres mains

de ses oeillades barreaux

et qui réclame sa faim

qui aime qui périt pour l’amour

du ciel

mais pas du ciel divin

du ciel des matins

et celui des grandes soirées de grands feux

et de vins.

ils vous diront que

nous sommes tenus par bien plus que des mains

et vous saurez qu’ils ont raison.

                     *

Le chant de la romance

Mais tu es revenue un soir au ventre rose

toi que j’avais surprise à te montrer, éclose

de la pornographie au pape de tes rêves

sur une table douce où le malheur crève

Et gorgé de manies, je me suis souvenu

que le roman se fait quand on a l’âme nue

alors j’ai bien voulu oublier à mon tour

la tristesse de mes trop opaques amours

 

Et j’ai choisi de faire de la prostitution

pour une poésie qui se sauve du vrai

que nous soyons amour en cette position

à s’ébahir aussi au rêve que tu fais

 

Et que les pêches fauves déferlent dans nos mains

afin que la langueur se pique, marabout

Et que notre indifférence se mette à genoux

pour sucer notre oubli de très grands lendemains.

   

                     *

La montée des idoles

J’attrape les bourreaux au vol

Comme si c’était de vieux bourdons

De martyrs papillons fols

Qui portent au front des chardons

Ils voguent dans les métropoles

Aux terres aux stars de béton

O strip teaseuses des rues molles

Des étoiles sur les tétons

Et pauvres putasses aux seins lourds

Aux silicones brosses à dents

Les dents jaunies par les carrefours

Où elles sourient aux chars en bans

 

Étampent fièrement dans l’asphalte

De leur nouvelle Canaan

Leurs fesses ouvertes sur la malte

D’Hollywood en Ramadan.

                     *

Les robes de l'hiver (1995)

Ta robe en rafale

Sur ta peau blanche

Seins qui dévalent

Froides hanches

 

Te donnent l’air d’une avalanche

Et gracieuse tu coules en soupirs sur moi

Et me couvres, me moules et m’enfouis et me noie

En de folles caresses et baisers enneigés

En ton grand lit de glaces où je ne suis plus roi

Où mon corps et mon cœur impuissants sont ta proie

Pataugeant aux sueurs et aux baisers fondants

Aux grands flots de l’ivresse et du désir coulant

Où l’enfer n’est plus rouge, mais aussi

très froid.

                     ***

AUTRES CHANSONS (2001-2006)

Le cosmographe

A ton territoire

La lune a hurlé

Tu as mis tes gants blancs

ton costume de ballerine

De faux passeports

De faux passeports

Pour l’accès a ton corps

                     *

 

Pardonne mon orthographe

Mais je voudrais être

le cosmographe de ton lit

me faire le géographe de ta peau

devenir cartographe de tes puits

être le typographe de tes mots

connaitre le phonographe de ta voix 

me faire le scénographe de ton corps

devenir sismographe de ta vie

être le chorégraphe de tes nuits

 

                     *

 

Scuse-moi Mamzelle

Mais je voudrais

Apposer ma signature a tes lèvres

Faire l’investiture de ta sève

À la nomenclature de tes rêves

embrasser l’échancrure de ta robe

Et à la conjoncture de tes terres

Faire l’architecture de ton palais

à la préfecture de ton coeur

À la villégiature de tes ports

 

Enlève ta feuille d’érable

Je veux te voir nue

Toi mon corps mon palais

 

À ton Nil

Sur ta Loire

Chien je marque mon territoire

                     *

 

J’aimerais être le récepteur de tes bruits

Et le percepteur de tes heures

me faire le rédempteur de tes cris

Être le récolteur de tes fruits

Être le semeur de tes jours

Être le gardeur de tes royaumes

Être le gardien de tes psaumes

Être l’allumeur de tes bougies

Et être le serviteur de tes rires

le gladiateur de tes soirs

le berger de ta gloire

 

                     *

 

Faire la contrebande de ton corps

et le vendre à des chefs mafieux

tes jambes ton rire et tes yeux

et même tes chevilles

de petite fille

tes hanches tes orteils

tes mamelons vermeils

 

Je te laisserai dans tes bateaux maudits

aux cales cramoisies

où des matelots

abuseront de toi

déchireront tes habits

du haut des pont-levis

 

et ils seront jetés

dans les mers profondes

aux tempêtes

à l’appétit du monde

 

Je ferai le monitorage

l’industrie de ta voix

le commerce de ta chair

l’échange de tes saveurs

 

Au japon

dans des quartiers louches

derrière comptoirs privés

et dans les dépanneurs

aux salons de tabac

Je te jouerai au poker

à chaque soir

pour savoir

qui paierait pour toi

qui te remportera

                     *

Une femme

J’ai faim pour une femme

une femme aux longs doigts

qui allume ma flamme

et fait lever les draps

 

J’ai faim pour une femme

une femme de choix

qui sait jouer des gammes

qui fume et qui boit

 

J’ai faim pour une femme

aux cuisses agoras

aux yeux où l’on ne rame

mais marche pas à pas

 

J’ai faim pour une femme

aux seins de fleurs écloses

aux doux seins d’une dame

comme des camélias

 

J’ai faim pour une femme

une femme de soie

qui enlève mes armes

et fait baisser ma voix

 

au corps où l’on se pâme

aux hanches où l’on est roi

au corps où l’on s’affame

aux cuisses où l’on se croit                                  

 

j’ai faim pour une femme

une femme de choix

qui fait monter ma flamme

et fait tomber ma croix

                  

                     *

Ces montagnes rudes

Dans les visages y’a des marques de naufrage

Par les frontières y’a des marques de fer

Sur ta peau y’a des marques de serres

 

D’oasis en oasis

de désert en désert

tu as bravé la solitude

 

Et même si ta cruche est fêlée

par ici va passer l’eau

l’eau qui va tout nettoyer

 

Et nous les graverons

ces montagnes rudes

 

                     *

 

Tes chemins ont été découverts

Tu as bravé les grandes mers

Et les déserts de cœurs secs

 

Les métropoles somnifères

les grands coffres des misères

et tu as mangé les pastèques

 

Tu as parcouru à dos de cavale

et aimé comme un coup de vent

souffert aux bracelets du mal

aux bracelets d’argent

 

Mais même si ta cruche est fêlée

Par ici va passer l’eau

L’eau qui va tout nettoyer

 

Et nous les graverons

ces montagnes rudes

                     *

Tu as allumé les torches

Dans les cœurs et dans les yeux

ramené les sources aux roches

Et les pépites au feu.

 

Et maintenant ton cœur est plein

comme une ruche d’abeilles

tu es libre comme un soleil

 

l’barrage qui coule dans ton sein

est brisé

et l’eau coule dans les mains

de ceux qui veulent s’abreuver

 

Et nous les graverons

ces montagnes rudes

 

                     *

Tu as ressuscité les haines

pour en faire un brasier

Et tu as parcouru les plaines

de nos coeurs blasés

 

Tu as rompu les barreaux

de la haine et du froid

pissé sur les fardeaux

dressés contre toi

 

Mais même si ta cruche est fêlée

Par ici va passer l’eau

L’eau qui va tout nettoyer

 

Et nous les graverons

ces montagnes rudes

                     *

 

Tu as vu les côtes désertes

voyagé aux lèvres

maté les océans

te tenant tête

dressé le coeur des bêtes

 

Tu as vogué sur rivières d’asphalte

navigué sur les lacs de ciment

jusqu’aux rives sans serments

fait des portages dans le sang

 

Et maintenant ton cœur est plein

Comme une cruche à donner

Tu vas la jeter dans les mains

de ceux qui veulent s’abreuver

 

                     *

 

Mais même si ta cruche est fêlée

Par ici va passer l’eau

L’eau qui va tout nettoyer

Et nous les graverons

Ces montagnes rudes

                     ***

©François Baril Pelletier

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