Chansons

LE DÉLUGE IIÈME PARTIE (2004-2008)

Avant que le déluge ne se rassoie

 

Quand l'idée du déluge se fut rassise

dans les granges et dans les églises

et que les grotesques frises

éclatèrent de vieux sanglots

les cigognes aux clochers

myriades d’oiseaux aux cheminées

la grenouille et la mariée

furent sous les pierres cachées

*

Et furent crachées les clairières

les terres furent fleuries de naufrages

aux restes, lambeaux de vieux orages

comme un bouquet, hameau de paix

la terre fut fleurie de mystères

en une gerbe de secrets

*

Aux terriers des mammifères

dans les nids des bénitiers

où les loups se cassent les crocs

nous bûmes, nus aux sentiers

avec des fleurs dans le dos

et dans des paniers de rosaces

nous gravâmes nos noms dans la crasse

aux fleurs de bois et vestes de loup

dans la vase des égouts

la crevasse du carcajou

*

Et puis chantèrent les troubadours

aux élégants flots des rivières

les mots coulèrent dans les cours

abandonnées au fond des mers

et furent dévalisées les eaux 

la fable fut nue sur la page

et puis la vie revit le jour

Et puis la vie reprit son cours

Insectes te tournant autours

noces de bals et de détours

en de doux labyrinthes d’amour

par des grands jardins de cristal

et tous se passèrent le mot

sous les voiles, dans les flots,

fable au départ des eaux

nous retrouvâmes les sanglots

en gerbes d’énormes bouquets de mots

des miettes de miels et de blés

*

Et furent crachées les clairières

les terres furent fleuries de naufrages

aux restes, lambeaux de vieux orages

et de morceaux de paysages

Et s’amusèrent les enfants

à des colonnes de serpents

qui s’enroulaient autour du cou

parmi les chouettes et les hiboux

Et nous calmâmes les mirages

et nous aimâmes les ouragans

et aux ciboires, nous bûmes sauvages

comme des doux enfants d’Adam

*

Et puis aux nids des bénitiers

où les loups se cassent les crocs

nous bûmes nus aux sentiers

avec des fleurs dans le dos

Et dans tes mains tu viendras boire

au carrefour des chemins

l’étendue de la plaine sans fin

la vieille histoire.

*

l’Archipel (1995)

L'eau monte

Je construis mon navire

L'eau monte et

mon espoir chavire

Ma voile était ma voix

mon navire ma lyre

L'eau a monté trop haut et

noyé mon bateau

*

Mais l'eau ne m'aura pas

je mourrai plutôt

car je suis déjà en enfer

ou pire

Mais l'eau ne m'aura pas

je préfère mourir

Car je suis déjà en enfer

*

C'est sur des rêves que j'ai fait naufrage

et là je divague, perdu sur les rivages

comme un lambeau d'algues spectralisant les plages

et perdu dans le vent des mers qui m'encagent

*

Je n'ai rien à boire et rien à manger

Je n'ai rien à croire et rien à changer

l'Archipel sera mon unique refuge

Et je serai en vie après le déluge

Dans les bras d’océan

prêts à tout engloutir

dans son cœur de géant

bras béants 

Et parmi les pleurs et sanglots

qu’il inspire

il me prend mes désirs

en ses bras de paon

*

En tes îles tu caches un îlot désolé

Tu as pris les Apaches,

Moi tu m'a isolé

Sur une petite île qui sortait de ton ventre.

Aux lèvres d’Ariane, au rêve de Cassandre

Et sur la grande voile de Cassiopée

 

*

Mais je m’envolerai de mes ailes de cire

et suivrai lentement le courant des zéphyrs

je monterai par dessus les prés saccagés

et je m'envolerai par dessus les nuées

 

De la pluie pour sept ans

De la pluie pour sept ans

Est-ce la vengeance de Dieu ou bien l’œuvre de Satan?

 

*

Avant que le déluge ne se rassoie (2ème partie)

Mais avant

que ne cessent les déluges

que l’océan ne se rassoie

sur la terre redevenue verte

et que les vaisseaux ne se taisent

à l’ombre des ports et des fêtes

des chemisiers de nuits

de pertes

 

*

On connaissait sur l’eau de soie

la grande épreuve de la faim

aux trésors de miettes de pain

aux grandes tables de la foi

gravées aux frises de la fin

*

Aux portes

d'arc-en-ciel endormis

les statues fondirent dans la mer morte

arches de triomphes promis

et puis aux portes de Gomorrhe

-ces grandes portes où l’on dort-

aux figuiers et aux sycomores

un dragon respirait encore

Loin sur la berge du silence

les cyclopes eurent des yeux de lance

et puis la fuite au grand désert

par la plaine bleutée des mers

au fantôme de la marée

la licorne fut amarrée

*

Et sur la grande mappemonde

au mat des terres englouties

tracées par les premiers marins

les faucons aux poignets des rois

voulurent leur crever les yeux

Et quand sonnèrent les trompettes

les anges se mirent à l'abri

les enfants s'éclaboussèrent

les tourterelles firent leur nid

et les colombes de jadis

même les griffons sur les murs

perdirent des pierres et des plumes

*

Et dans les guenilles oubliées

où guérissait encore l'été

et sur l’étendue de mystères

par la plaine bleutée des mers

par la danse des esprits

à la lueur des écrits

la licorne fut amarrée

 

Et s'amusèrent les pantins

les marionnettes mirent leurs gants

et les soldats ne virent rien

derrière les rideaux de sang

derrière les rideaux de satin

au doux sourire des enfants

*

Mais aurons-nous les poings unis?

Tamiserons-nous le tonnerre?

Regrouperons-nous les menhirs

aux terres, aux ruines ensevelies?

Et aurons-nous les fronts unis

sur tous les chemins de la terre 

Bénirons-nous

le venin des serpents

Bénirons-nous

le feu des dragons

Nous rappellerons-nous de la chanson?

*

Terra Nostra

Porteras-tu la couronne d’étoiles

Tiendras-tu les fils endormis

Aux labyrinthes de pétales

À la chapelle des promis?

Épieras-tu les coins de murs

Pour y cueillir les murmures?

Dans des auberges de prières

Et aux cimentes cathédrales?

Iras-tu flûtiste charmer les rats?

Iras-tu fendre les fleuves d’en bas

Parcourras-tu les grands déserts

Tous les sables du Sahara?

Flatteras-tu les barracudas

Sauras-tu changer les hommes en pierre?

Affronteras-tu l’océan

Et les grands monstres de la terre?

Te cacheras-tu dans les enceintes?

T’enfouirais-tu dans les palais?

Flatteras-tu les ouragans

Écriras-tu les grands romans

ou irais-tu armée de plaintes

dans la lumière du moment

et n'aimeras-tu

donc

que le 

vent?

*

Les loups sont toujours affamés

Les loups sont toujours affamés

parcourant campagnes vidées

de diamants de perles rares

de rubis blancs, de rubis noirs

de leur cœur de bois asséché

châteaux d’amours débarrassés

de tous ces désirs arrachés

entre dentelles et rosiers

 

*

Une cargaison à voler

Une cargaison à violer

 

*

Les loups sont toujours solitaires

et ils dérivent dans la bière

parcourant les terres salées

et dans des ports aux corps choyés

à l’ombre des églises, du mystère

et dans des chemises trouées

entre les torches et les brasiers

 

Une cargaison à voler

Une cargaison à violer

 

Les loups sont toujours assoiffés

de coupes de coke et de champagne

de va et vient et de baisers

dans les chambres de soie blindées

incendies de lèvres gercées

des lèvres des femmes et des fées

avec leurs grands rêves sacrés

entre dentelles et rosiers

une cargaison à voler

une cargaison à violer.

*

La Reine des Pianos en lambeaux

 

Dans l’arène

La reine seule

sans prélude

sans rideaux

se dénude

C’est la furie

L’auditoire rit

Tout le monde grogne

(pleurs et cris)

C’est l’heure

Des clowns blancs

Blêmes

Les suçons, les bonbons

Et des faces de carême

Les limaces les rapaces

Et les tartes et la crème

 

Les pelures de banane

Les femmes, les nananes

Voilà la passion

Et les bénédictions!

*

Sur le grand piano

Où tu feras ton show

Armée de violoncelles

Sans aucune ficelle

Aux fleurs arrachées

Sur la voie ferrée

Oh toi qui couleras

Oh entre deux combats

Toi qui crieras sur selle

Toi qui seras si belle

Armée de tes chakras

Dans la salle pleine

Blanche et souveraine

Tu seras la reine

Du tréfonds de tes ruines

Du tréfonds de tes peines

Tu les rendras si mal

d'odeurs et d'haleines

de tes grandes fringales

Qu’ils te voudront pour reine

Tu sauras ce qu'ils veulent

Tu le leur donneras

Veulent-ils des vers

Tu leur donneras bien gras

veulent-ils tes seins gras

tu les leur donneras

Et veulent-ils des airs

Tu les leur donneras

Et tu leur donneras tes phares

Allongée comme un bar

Et surtout, ta peau

Nue de ses oripeaux

Comme un souper de trop

Le corps en encensoir

  

*

Et tu seras

la reine

blanche

et souveraine

Et seule

dans l'arène

tu conquerras le noir

Et tu seras la reine

blanche et souveraine

et seule dans l'auditoire

tu seras magique.

*

Trois histoires de mer

I.

Jonas pleurait dans la baleine

Buvant et embrassant sa peine

À l'intérieur de l’enceinte

De ce monstre aux chants anciens

Serait-il un jour recraché

du sein de ce grand cachalot

De cette chapelle de mollusques

De cette île de sanglots?

 

Comment pourrait-il se sauver

De cette cage animée

De cet hospice aux jets brusques

De ce cachot du fond des eaux?

 

Mais Dieu parle en métaphores

Et faute d'avoir trouvé de l'or

Jonas trouva bien un trésor :

 

Une histoire écrite à même les murs

comme un murmure

Au cœur aux os

de ce mammifère des eaux

 

Après avoir gardé espoir

même dans les moments obscurs

dorloté au berceau du noir

 

Il fut recraché sur la terre

plein de mystères et le cœur dur

avec au ventre un fruit mûr

 

*

II.

Noé construisait son bateau

Par une commande de l’eau

Afin d'emporter sur son dos

Un homme et une femelle

De chacun des animaux

 

Et par le hurlement du loup

Au grand tremblement du tonnerre

La chouette et le marabout

Se faisaient seuls sur la sphère

 

Et l’eau montait jusqu’aux genoux

L’oiseau resta au garde à vous

sur le mat redressé comme un clou

L’œil vers silencieuses contrées

 

Les bêtes firent leur entrée

Dans ce taciturne zoo

La terre devint comme une mer

Le ciel fut embrassé par l’eau

Jusqu'à ce que revienne la rosée

Que l'oiseau blanc fut arrivé

 

*

 

III.

La Grèce n’était qu’île rocheuse

Atteignant le pays des dieux

Or de ses tentacules creuses

La perse cognait à sa porte 

 

Un géant, mille cohortes :

Un roi dirigeant mille armées

Maître de la terre et de l’eau

Durent s’allier les cités

Contre cet ultime fléau

 

Les Grecs demandèrent un oracle

Delphes par deux fois réagit

Après un vide simulacre

Au second souffle leur prédit :

 

« Vous ne saurez résister

À ce roi qu'à quatre pattes

À moins de ne combattre…

Derrière des remparts de bois! »

 

Plusieurs y virent l’Acropole

Mais furent vite mis en pièces

L’oracle parlant en parabole

Entendait des murs plus modestes

 

Mais le grand chef Thémistocle

Vers la mer le peuple guida

Donnant éclatante victoire

Sur les navires aux murs de bois

 

*

[Et ce n’est là qu’une histoire

Mais dans le mythe vibre

le mystère de vivre]

 

*

Au creux de la rivière

Suis tombé au creux de la rivière

Au creux de la rivière suis tombé

Et j’ai croulé comme une pierre

Dans le torrent versé

Et suis tombé dans le torrent

Et m’a emporté le courant

*

N’écoute pas ma bien aimée

Mon frère

Ni ses larmes versées

*

J'y ai vu des poissons de pierre

Poussières de coquillages

Et j'ai trouvé vaisseaux de guerre

Au royaume des cétacés

Et l’or de toutes les sphères

Qui était là caché

*

N’écoute pas ma bien aimée

Mon frère

Ni ses larmes versées

*

Et suis tombé dans le torrent

Et m’a emporté le courant

J’étais si lourd

si lourd d’amour

Lourd comme un coffre de bois

Et de chagrins qui durent toujours

Le cœur lourd comme un poids

*

N’écoute pas ma bien aimée

mon frère

ni ses larmes versées

*

Suis tombé au creux de la rivière

Aux creux de la rivière suis tombé

Et j’ai remis mes larmes de fer

À tous les naufragés

Et j’ai trouvé une prière, ce chant

Que je vous ai légué

*

N’écoute pas ma bien aimée

Mon frère

Ni ses larmes versées

*

Car ces larmes seront portées

À la grand mer salée

Car vous savez l’océan

Transporte les larmes des humiliés

Des hommes et des géants

Des hommes dépravés

Je suis tombé au creux de la rivière

Au creux de la rivière, suis tombé

Et j’ai trouvé une prière, ce chant

que je vous ai légué

*

N’écoute pas ma bien aimée

Mon frère

c’est elle qui m’a poussé.

*

Ma douleur inventée

Ma douleur inventée

Est fille du roi d’Espagne

Et moi, crapaud raté

Ah! Moi je l’accompagne

-moi j’erre à ses côtés

Et dans ses yeux crottés

De trous noirs et de bagnes

J’ai passé la soirée,

Diablesses compagnes!

-j’ai passé la soirée

Et à ses seins sculptés

Comme riches montagnes

Ces seins que j’ai tétés,

Ma douleur de champagne!

-ces seins que j’ai tétés

J’ai trouvé quelque souche

D’où a crû mon grand cœur

Jusqu’à ses châteaux louches

Dans ses grands foins en fleurs

Son érotique bouche

Me tisse le bonheur!

Et à ses ports choyés

Toutes brutes la baisent,

Dans ses robes, noyés,

Géants entre deux fraises!

-dans ses robes noyés!

Et je suivis ses pas

Jusque dans les marais

Dans le brûlant trépas

Qu’a savouré mon âme!

Mes nerfs de grandes bêtes

Sont montées, assoiffées

En tyrans, à ma tête

Pour mon cœur enchaîner!

Et tout comme tout bon damné

Riant de ses feux laids

On vint m’emprisonner

De simples bracelets!

 

Avec la bouche close

Et les deux poings liés

J’ai fait des tresses roses

Aux chevelures de fées

-j’ai fait des tresses roses

Et gravant du tourment

Les riches escaliers

Du diable, des dents,

J’ai fait des colliers

-du diable, des dents

Et Samson je brisai

Les temples colossaux

Aveugle et épuisé

Je rompis mes barreaux

Voulant tenir son crâne

Son cœur dans les nuées

Elle me fit don d’ânes

Et ne pus la tuer!

-elle me fit don d’ânes!

Elle me promit la France

Dont déjà je fus Roi

Le Rhône et l’Espérance

De te voir près de moi

Dans mes jardins de danses

Et de vins qui chatoient

-le Rhône et l’Espérance

de te voir près de moi

*

L’amour est plein de ronces

 

L’amour est plein de ronces

d’épines et de chardons

 

Et si sa coupe est de velours

il rugit aussi comme un lion

 

Et si tes doigts veulent les roses

Fais à tes doigts bien attention

 

Car si tu manies le rouet

Tu es en plein champ de coton

 

Et dis-toi bien que Cupidon

Sait très bien jeter le fouet

 

Si Ariane a la ficelle

elle peut aussi te promener

 

et si l’amour est une île

c’est une rocaille à moitié

 

C’est Rhinos Éros

Qui attèle tous les carrosses

 

Alors regarde à ta fenêtre

Et puis regarde dans ta cour

 

Si tu n’y vois pas en corps l’Être

Tu y vois sûrement pas -appas-

 

l’Amour

*

L'Amour, la Guerre

 

On fait l'amour sans soutane

Car l'habit ne fait pas l'amant

Mais l'amour fait sûrement le moine

On fait l'amour vivement

 

Héhé

Le plus souvent sans vêtements

 

On fait l'amour avec les femmes

Aussi avec les grands garçons

On fait l'amour avec les dames

On peut être galant ou non

Celà dépend de notre degré de charme

Hé hé

Degré de charme

 

Mais avec les femmes ou les garçons

Avec les femmes ou les garçons

On fait l'amour sans soutane

On fait l'amour sans caleçon

Avec les femmes ou les garçons

Hé hé

Et toujours aussi vivement

 

Mais la guerre, y'a qu'une seule

Façon de la faire

Et c'est pas par en avant

C'est pas par en arrière

C'est avec la haine et la misère

Hé hé

La haine et la misère

 

On fait la guerre avec des pions

On fait la guerre avec des plombs

La guerre n'a qu'une raison :

On fait la guerre quand on est con.

 

*

On fait l'amour avec du miel

On fait l'amour, c'est bon et long

On fait l'amour aux étincelles

On fait l'amour avec des sons

 

On fait l'amour, c'est pas cruel

On fait l'amour de la cervelle

On fait l'amour aux chansons

On fait l'amour entre les ailes

On fait l'amour en étalons

Il faut se bouger le bedon

 

On fait l'amour comme des porcs

On fait l'amour de tout son corps

On fait l'amour de tous ses pores

On fait l'amour comme des pinsons

 

*

 

Et même si c'est pas d'hier

Que sont nés l'amour et la guerre

L'amour y'a mille bonne raisons

Cent mille bonnes raisons de le faire

 

On fait l'amour à l'atmosphère

On fait l'amour de cent façons

à la pénombre de la terre

en 46 000 positions

 

On fait l'amour sous la lune

On fait l'amour sans costume

On fait l'amour avec des plumes

On fait l'amour dans les dunes

 

Même si on se trompe un peu

Dans les tables ou dans les cieux

On fait l'amour en Don Juan

On fait l'amour, c'est pour le mieux

 

On fait l'amour comme des Dieux

On fait l'amour quand on le peut

On fait l'amour en sangliers

On fait l'amour en contes de fées

 

On fait l'amour sous la pluie

On fait l'amour dans la suie

Avec le vent et le mystère

            C'est une autre forme de prière

Hé hé

Une autre forme de prière.

*

Mer de merde ou mare de marde

 

À se noyer dans une flaque d'eau

Avec des fleurs dans le dos

On apprivoise la tornade

À se noyer entre vos cils

Entre vos cieux, entre vos îles

Aux cerceaux des petites filles

À se noyer

À vos larmes de crocodile

J’en oublie même mes fardeaux

J’en oublie même mes gros mots

J'en oublie même vos charades

Mare de merde ou mer de marde!

*

Avec les deux pieds dans l'eau

Resté poigner dans vos marais

Avec le coeur comme un valet

À attendre le vol des outardes

Rester pogné aux vieilles baves

Comme un engrais, comme une épave

À vos étangs, à vos guédilles

Nus pieds à lécher vos palais

Le coulis de nez en çédille!

Ah, j’en deviens presque malade!

Mare de merde ou mer de marde!

*

La politique sur un fil

Peut-on être plus fragile

Avec au cœur une aiguille

Avec au cœur une écharde

Il faut croire à la météo

Le cœur aussi a son crédo

Fais ben attention où tu piles

Elle est finie ta mascarade!

M'as te le mettre t'sais où ton pédalo

Mon petit barde!

Mare de merde ou mer de marde!

*

À être bête dans un enclos

Le cœur, le cul dans vos étables

Être forcé d’être docile

À être contraint à l’exil

Un officier dans la parade

à vos grandes envies serviles

 

Et bien collectionnez-la, ma bile!

Mare de merde ou mer de marde!

*

Oh, j’ai des fuites de sens

Oh j’ai des grandes coulées d’essence

Oh dans mes suites de romance

Détruites

Dans mes grandes gorgées d’espérances

fortuites

Dans la flambée de mes urgences

gratuites

Oh dans le calme de ma puissance

-Et sans une goutte d’innocence-

Je vous dirai:

Mangez donc une trâlée de marde

Mare de merde ou mer de marde!

 

*

La mémoire de la marée

 

À l’ombre des guitares espagnoles

Par les ravins doux qui te violent

Par les plastiques incorruptibles

Et les romans lus de la Bible

Par la mémoire de la marée

Montée comme une synagogue

Sur la plage des effacés

Où les mémoires se cajolent

Sur les côtes de la merci

À l’aube des oublis fanés

Comme une sorte de messie

Qui descend avec ses armées

Comme une sorte de banderole

Brandie plus haute que les années

Au seuil même des paraboles

et des épis qui ont germé

Par les violents vins des Barbares

la bière qui jaillit des jarres

par les mers fleuries de phares

Derrière les fers, derrières barres

Un vaisseau accroupi

Se construit de pierre

Pour braver les récifs

Pour braver les déserts

Et les grands esprits

Qui nagent solitaires

Et Noé assombri

Naviguant de prières

 

*

 

Les animaux sont des pensées

Les dauphins connaissent le chemin

La colombe sait se poser

Aux premières terres du matin

Là où existe la rosée

 

*

 

Une Arche se construit de pierre

Défiant les plaines et les mers

Et naviguant sur les hauts monts

R'montant le courant comme un saumon

 

*

 

Les animaux sont des pensées

Les dauphins connaissent le chemin

La colombe sait se poser

Là où existe la rosée

et le rameau de l'olivier.

 

*

J’ai cru

 

J’ai cru que le sel sur tes mains

venait

d’avoir trop cueilli d'orages

que la corne à tes pieds

venait

d’avoir trop marché sur les marées

 

J’ai cru que les larmes à mes yeux

venaient

d’avoir vu trop de naufrages

marché dans trop de paysages

et d’avoir tant foulé de pages

à la lumière de tes églises

 

J’ai cru que l’eau sur ton visage

venait de l’or de tes plages

ou de tes architectures grises

J’ai cru que l’amour en mon sein

venait d'avoir gravé trop de matins

de grottes et de pyramides

depuis un grand ciel lucide

 

J’ai cru que le pain sur mon chemin

était tombé du haut de tes bras

J’ai cru que les gerçures à mes lèvres

venaient d’avoir trop embrassé de femmes

 

J’ai cru que la plaie sur mon cœur

Et puis la morve à mon nez

et puis la force de ma mâchoire

jusqu'au doux parvis de l’histoire

 

venaient d’avoir bu bien du noir

J’ai cru que l’oiseau

qui venait

attendait

dès l’orée des mondes

n’était qu’un regret

qui naissait dans la ronde

en une seconde

 

*

Tu es comme une île

Tes fesses sont blanches, franche-comté

Vertes collines

Tes seins deux Bourgogne

Ton cou est jardin du Luxembourg

Où je pose le collier

Tes cheveux sont des toits de cigognes

Où les rêves se posent

Tes lèvres sont jardins de foie gras

Et de vins sucrés

Ton ventre est le festin sacré

Tes hanches sont Camargue longues

Et pleines de flamants roses, blancs chevaux

De saintes portées à l'eau

Tes yeux sont Calanques

Tes sourcils sont les arcades de Versailles

Ton nombril est Château de Chenonceau

Tes jambes sont Chateauneufs-du-pape

Ton sexe est de velours

Tes joues sont ombries, roses

Tes cuisses sont Toscanes

Et tu n'a pas de Paris en toi.

Ton ventre est Avignon de beauté

Tes baisers sont robe sauvage et visage démaquillés.

 

*

©François Baril Pelletier

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